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Le 29 mars 1880, le ministre de
l'Instruction publique
Jules Ferry prend deux décrets par lesquels
il ordonne aux Jésuites de quitter l'enseignement dans les trois
mois. Il donne aux enseignants des congrégations catholiques non
autorisées le même délai pour se mettre en règle avec la loi ou
quitter aussi l'enseignement.
5.000 congréganistes sont presque aussitôt expulsés sans ménagement
excessif et certaines municipalités anticléricales font du zèle en
expulsant aussi les religieuses qui se dévouent dans les hôpitaux.
C'est le début d'une active politique de laïcisation de
l'enseignement par Jules Ferry, fervent républicain athée et
franc-maçon issu d'une riche famille de libres penseurs de Saint-Dié
(Vosges).
Un demi-siècle plus tôt, en France, la
moitié des adultes ne savait encore ni lire ni écrire. L'instruction
primaire publique avait été inaugurée par la loi du 28 juin 1833
sous le règne de Louis-Philippe 1er, à l'initiative de François
Guizot. Sous Napoléon III, le ministre
Victor Duruy avait à son tour
développé les lycées et encouragé l'instruction des filles. De la
sorte, à l'aube de la IIIe République et avant que n'intervienne
Jules Ferry, la France est déjà un pays fortement alphabétisé.
Aux environ de 1870, 72% des nouveaux mariés sont en mesure de
signer le registre de mariage (78% des hommes, 66% des femmes). Dans
le nord et l'est du pays, cette proportion dépasse allègrement les
80%. Ces résultats honorables sont à mettre au crédit des
gouvernements antérieurs, notamment du ministre
Victor Duruy, sous
le Second Empire.
L'enseignement primaire conserve cependant une forte connotation
religieuse du fait de la loi
Falloux, votée en 1850, sous la
précédente République, par une Assemblée à majorité conservatrice.
Cette loi obligeait tous les instituteurs à inscrire le catéchisme
au programme et à conduire les enfants à la messe. Elle facilitait
aussi l'ouverture d'écoles par les congrégations religieuses et les
Frères des écoles chrétiennes. Elle avait permis à celles-ci
d'accueillir jusqu'à la moitié des enfants dans ses établissements.
Jules Ferry et les dirigeants de la IIIe République ne veulent pas
seulement des citoyens instruits. Ils veulent aussi forger de bons
républicains et de bons patriotes. Ils se proposent d'exclure pour
cela les religieux de l'enseignement.
Dès mars 1879, le jeune ministre dépose un projet de loi pour
retirer aux membres des congrégations non autorisées le droit
d'enseigner mais le Sénat repousse le texte le 2 août. Jules Ferry
ne se laisse pas démonter et réplique par les deux décrets du 29
mars 1880, prestement appliqués. Sous le coup, le président du
Conseil, Charles de Freycinet, est obligé de démissionner le 19
septembre 1880. Il est remplacé à la tête du gouvernement par...
Jules Ferry lui-même.
Le nouveau chef du gouvernement en profite pour compléter
l'application de ses décrets. Le 21 décembre 1880, le député Camille
Sée, ami de Jules Ferry, fait passer une loi qui ouvre aux filles
l'accès à un enseignement secondaire public où les cours de religion
seront remplacés par des cours de morale. L'année suivante, il fait
voter la création de l'École Normale Supérieure de Sèvres en vue de
former des professeurs féminins pour ces lycées. L'Église n'a plus
désormais le monopole de la formation des filles.
Jules Ferry établit par ailleurs la gratuité de l'enseignement
primaire par la loi du 16 juin 1881 et le rend laïc et obligatoire
par la loi du 29 mars 1882.
L'enseignement primaire, public, gratuit et obligatoire, devient le
fer de lance de la IIIe République. Ses thuriféraires exaltent les
«hussards noirs de la République», modestes et dévoués
instituteurs qui préparent les écoliers à devenir de bon citoyens et
de fervents patriotes.
(Article extrait du site
herodote.net
)
| L'expulsion des
Oblats de Notre-Dame de Bon Secours
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En application des deux décrets du 29 mars
1880, le 4 novembre 1880, le préfet de l'Ardèche
Edmond Robert (1879-1881), arrivait à Notre-Dame de Bon Secours accompagné
de plusieurs brigades de gendarmerie pour faire le siège de la maison des
Pères
Oblats de Marie-Immaculée et les en chasser.
Les pères de Notre-Dame en apprirent l'imminence la veille au soir à 19h.
Ils eurent à peine le temps d'avertir quelques amis. Par une nuit affreuse,
une pluie battante et glaciale, il fallait faire des 15 ou 20 kilomètres.
A 8 heures du matin, le gros bourdon tinte lugubrement le deuil et le
tocsin. Les gendarmes et le préfet pénètrent au hameau. Deux tronçons de la
troupe vont garder les deux issues de la route et retenir la foule qui
arrive de toutes parts. Un troisième groupe, plus important, composé de
trois brigades dont douze gendarmes à cheval, a pour mission de dégager la
cour du couvent et l'accès de la porte d'entrée.
Au moment où les chevaux débouchent sur la place occupée par la foule, un
frisson d'horreur et d'indignation la parcourt. Une puissante clameur
s'élève: "Vive la liberté ! vive les pères ! vive la religion ! à bas les
décrets !". A toutes les fenêtres du couvent se groupent les amis enfermés
avec les Pères. Spectacle étrange et navrant à leurs regards.
"La foule s'est massée contre la porte. La cavalerie marche sur elle avec
autant de précautions et de douceurs qu'il lui est possible, mais avec
fermeté. Les cris aigus des femmes, les clameurs des enfants se mêlent
pendant dix minutes aux apostrophes violentes et indignées des hommes. C'est
une mêlée horrible d'hommes, de femmes, d'enfants, de chevaux tournoyant en
tous sens. Tous les visages sont pâles. Les plus à plaindre sont ces douze
ou quinze pauvres gendarmes qui ne dissimulent pas leur profond dégoût pour
la vilaine besogne qu'on leur commande. Enfin la place est prise, le tumulte
s'apaise."
C'est le silence qui précède l'orage. Après quelques minutes d'attente, une
violente et longue clameur annonce l'arrivée du commissaire et de ses agents
: ils n'ont pas l'air fiers de l'accueil qui leur est fait.
Le père
François-Xavier
Bermond qui dirige la résistance et représente le supérieur se
penche à une fenêtre; le commissaire demande à entrer, le père refuse. Le
tumulte domine leurs voix, mais quoiqu'ils ne s'entendent pas, ces deux
hommes se comprennent très bien et le serrurier fait l'essai de ses
rossignols. Le travail se borne à quelques minutes d'efforts impuissants
sous les huées de la foule. Le commissaire donne l'ordre aux nommés Lucien
Jouve serrurier à
Largentière, François Lèbre et Théodore Vesseau, menuisiers à
Joyeuse, de crocheter
la serrure ou d'enfoncer la porte à coups de hache.
"Les charpentiers s'avancent. La hache se lève et frappe la porte en faisant
retentir sourdement les longs corridors du monastère. Ce premier coup ne
fait pas grand dommage au solide plateau de noyer mais il atteint le cœur de
tous les assistants. L'indignation touche alors à son paroxysme. Un tonnerre
de clameurs et d'imprécations se fait entendre. puis succède le chant du
Parce Domine, du Pitié, mon Dieu, du salve Regina. La rage des ouvriers
s'accroît en proportion de la résistance de la porte de maigre apparence qui
se laisse à peine entamer.".
A ce moment, une femme échevelée, haletante, les yeux en feu, se fraye
violemment un passage à travers la foule. C'est Virginie Lèbre, la femme
d'un des menuisiers. Elle arrive à la ligne des gendarmes qu'elle force en
passant sous le ventre des chevaux, se précipite sur son mari qu'elle saisit
et emmène aux applaudissement frénétiques de la foule. les gendarmes les
entourent mais la foule s'est glissée par la brèche ouverte, les presse,
forme une masse inattaquable qui entraîne les époux hors de la place. Toute
la colère de la foule se retourne alors vers le charpentier qui reste et
s'exhale en injures. On lui jette des sous : "Ramasse tes trente sous,
Judas! Achète ta corde! Va te pendre, scélérat!".
Une brèche est pratiquée, le commissaire tente de parlementer en
passant la tête par le trou et somme le Père Bermond d'ouvrir. Le père se
contente de répliquer : "Achevez votre besogne; gagnez votre argent!"
La besogne a duré une heure et quart et s'achève. Le commissaire pénètre
suivi du capitaine de gendarmerie et de deux gendarmes. Aussitôt, la
centaine d'hommes déjà dans la maison accourent dans les couloirs pour être
témoins de ce qui va se passer. Le commissaire commence la lecture de
l'arrêté préfectoral. Quelqu'un machinalement se découvre : "Chapeaux sur la
tête !" crie-t-on de toutes parts. Le Père Bermond lit sa protestation.
"Chapeaux bas! crie-t-on alors; le commissaire intimidé fait comme les
autres et descend son bicorne.
Le père Bermond lui dit : "Vous invoquez un arrêté préfectoral pour vous
introduire dans notre domicile à travers les ruines que vous faites.
L'arbitraire vous suffit pour commettre un acte illégal, odieux et criminel,
violer notre liberté, et pour plusieurs, leur droit de propriété. Comme
citoyens français et comme propriétaires, nous protestons tous contre votre
présence dans cette maison et contre l'ordre que vous nous donnez d'en
sortir. Nous ne céderons qu'à la force. Je vous plains, monsieur, de prêter
votre concours à une action aussi coupable. D'autres, pour mieux honorer
leur écharpe, ont cru devoir la déposer. Ce que vous faites aujourd'hui est
un outrage à la France catholique; vous attaquez la liberté de conscience et
celle de la prière. pour moi personnellement, j'ai vécu quinze ans au milieu
des sauvages de l'Amérique du nord; ils m'ont respecté parce que je priais
et que je faisais le bien. ici c'est un crime pour lequel on me ravit ma
liberté, en attendant que peut-être on me demande la vie. Voilà la
civilisation qu'on fait à ma patrie. Il m'importe peu de savoir si vous êtes
sceptique. Dieu ne cessera pas d'être parce que vos l'aurez nié; ses lois
sont permanentes comme lui. Il dit par son église, et son église vous dit
par moi que l'action coupable que vous commettez aujourd'hui vous place en
dehors de la grâce de votre baptême et que vous portez le poids de
l'excommunication.
Le père Bermond déclare que l'église de Bon Secours est la propriété du
diocèse dans la personne de son évêque. Il réserve enfin ses droits de
recours à la justice des tribunaux. Et, pour sortir, nous ne céderons qu'à
la violence.
Après la lecture de sa protestation, le père ajoute qu'aucun des pères ne
doit être expulsé. Trois sont propriétaires de la maison, quatre ont des
titres réguliers de chapelains, trois dirigent la maîtrise. Quant à la
chapelle, on ne peut la fermer car c'est un établissement diocésain, reconnu
par un décret impérial de 1812.
Devant ces allégations, le commissaire consulte le préfet resté dans sa
voiture qui renvoie demander les pièces probantes. Ces pièces sont remises
et portées au préfet. Le commissaire revenant sans les pièces, le baron
Chaurand réclame ou les pièces ou un reçu constatant la teneur de celles-ci.
Il demande à aller trouver lui-même le préfet. La foule se met à crier "Vive
la religion! vive M. Chaurand!".
Le préfet, obligé de s'incliner, donne le reçu et assure que l'église ne
sera pas fermée. Le coup était manqué.
Les pourparlers terminés, l'expulsion brutale
suit son cours. La première victime est le vénérable père
François
Hermitte. Debout
dans sa pauvre cellule et entouré de ses témoins, il attend avec une noble
fierté: "voilà trente-six ans que j'habite cette cellule, j'espérais y finir
mes jours. Quel crime ai-je commis pour que vous veniez, accompagné de
gendarmes m'en expulser comme un vil malfaiteur? Vous respecterez au moins
mon âge et mes cheveux blancs.
- "La loi ne me le permet pas" reprit le commissaire
- "Eh bien, alors, achevez votre besogne. Je ne cède qu'à la force."
Au dehors la foule se massait houleuse et
menaçante. Un cri retentit: "Le père Hermitte!". Un vieillard pâle d'émotion
était apparu sur le seuil, et avec un entraînement irrésistible, le peuple
avait acclamé son apôtre, son ami. Des bras robustes s'étaient levés et, en
un clin d'œil, l'humble religieux, enlevé de force, couvert de fleurs et de
couronnes, était porté triomphalement sous les yeux des persécuteurs
confondus, à travers la foule qui l'acclamait de ses vivats. Triomphe
éclatant mais triomphe douloureux qui laissait au cœur une blessure ne
devant plus se refermer.
Le préfet, descendu un instant de voiture, se
sauve et remonte courageusement dans son véhicule.
Les autres expulsés font l'objet des mêmes
ovations.
Ils furent sept: les pères
François
Hermitte,
Michel Bonnifay, Deltout,
Jean-Antoine Bernard, Ceyte,
Auguste Pons
et Bessières.
Le père
Jean Toussaint François Hermitte est
décédé le 11 mars 1884 à Notre-Dame.
Le père Michel Bonnifay est décédé le 18 décembre 1888 à Notre-Dame.
Si les gendarmes n'étaient pas venus au secours du menuisier, il n'aurait
pas fait cent mètres avant d'être écharpé. Malgré l'escorte, une grêle de
pierres s'abattit sur lui et lui mit la tête en sang.
Toutes les personnes s'emparaient avec avidité des débris de la porte,
chacun voulait avoir un morceau comme souvenir et bénédiction.
Quand tout fut terminé, les fidèles se
réunirent à l'église et on chanta le Salve Regina, le Parce Domine, le
pitié, mon Dieu! M. le curé de Lablachère dit à haute voix des prières
pour la conversion des pêcheurs.
Trois pères pouvaient rester à la maison: Les
pères
Pierre Avignon,
Césaire Maurand et Bessières.
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