| Notre-Dame de Bon Secours (depuis 1846)
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L'acte de fondation de ce sanctuaire marial, situé dans le Vivarais, porte
la date du 10 mai 1680. Ce lieu de pèlerinage est dû à la générosité de
monsieur Julien Gineste, sieur Delille, et de son épouse Marie-Anne de
Paulet, de la paroisse de Lablachère, en reconnaissance d'une grâce reçue et
dans le but d'augmenter la dévotion des fidèles envers Marie.
Le 8 septembre 1682, l'abbé Rodilly, curé de Lablachère, bénissait le
modeste oratoire et y célébrait la première messe. Une première église
remplaça la chapelle en 1793 et, en 1825, une seconde qui, modifiée et
embellie, existe encore.
Les curés de Lablachère eurent la charge de l'église jusqu'à 1777. Ils
furent alors remplacés par un chapelain uniquement au service des pèlerins
de plus en plus nombreux. Un presbytère venait d'être construit dans ce but
près de l'église.
| Les Oblats à Notre-Dame de Bon Secours en 1845-1846 |
Lorsque, en 1842,
Mgr Hippolyte Guibert arriva dans le diocèse de Viviers, l'abbé
Deschanels, chapelain du sanctuaire, demandait du secours. De plus, les
pères Jésuites de la maison de Lalouvesc ne suffisaient plus à répondre aux
demandes de missions paroissiales. Mgr Guibert, très attaché à sa famille
religieuse, résolut de lui confier la desserte du sanctuaire et la
responsabilité des missions dans une partie du diocèse. Le conseil général
accepta avec empressement cette œuvre qui répondait si bien aux fins de la
Congrégation. On lit dans le procès-verbal de la séance du 14 janvier 1845:
«C'est un sanctuaire de Marie, notre sainte Mère et Patronne, qu'il s'agit
de relever et où notre Congrégation est appelée à faire le même bien que
dans les autres pèlerinages qui lui ont été confiés [...] Par sa position
sur les confins des diocèses de Viviers, de Nîmes et de Mende, la maison
présentera un vaste champ, digne du zèle de ceux des nôtres qui en
composeront le personnel [...]»

C'est le père
Henry Tempier qui fut chargé de s'entendre avec Mgr Guibert pour fixer
les droits de propriété. Il fit plusieurs voyages dans ce but. Le contrat
qui a régi pendant longtemps la situation matérielle des Oblats ne fut signé
que le 15 janvier 1847. Le sanctuaire restait la propriété du diocèse mais
les Oblats en avaient l'administration. L'Évêque leur laissait les revenus
mais ils renonçaient à un traitement. L'Évêque leur donnait en outre un
terrain sur lequel ils pourraient construire.
| Les activités du père Dassy, premier supérieur, 1846-1847 |
Les pères
Louis-Toussaint Dassy et
Jean-François Hermitte arrivèrent à Bon Secours le 11 février 1846.
Homme très entreprenant et apôtre infatigable, le père Dassy ne passa que
vingt mois à Bon Secours mais posa de si solides fondements à cette œuvre
qu'elle vécut de cet élan pendant de nombreuses années.
Avec l'accord de Mgr Guibert et du conseil général, il mit sur pied, dès le
mois d'août, deux importants chantiers: la démolition du presbytère et la
construction d'un couvent de même que du chœur et de la sacristie de
l'église. Ces travaux furent poussés avec entrain et lorsque le père Dassy
partit pour fonder le noviciat de Nancy, à la mi-août 1847, ses confrères se
préparaient à habiter cette vaste maison qui comprend le sous-sol, le
rez-de-chaussée et deux étages d'une quinzaine de pièces chacun.
L'apôtre ne se laissa pas accaparer par les travaux matériels; il sut mener
de front trois œuvres: les pèlerinages, les missions et un début de
juniorat.
L'abbé Deschanels et ses prédécesseurs avaient toujours donné tous les
secours spirituels possibles aux pèlerins qui fréquentaient l'église en
assez grand nombre, surtout pendant l'été; l'arrivée d'une communauté de
religieux et les travaux d'agrandissement en attirèrent de plus en plus; ils
furent environ six mille le 15 août 1846 et huit mille le 8 septembre. Le
père Dassy organisa même une retraite d'une semaine, en septembre 1846, pour
aider les fidèles désireux d'approfondir leur foi. On continuera par la
suite cet usage quelques fois par année.
En mars et avril 1846, les pères Dassy et Hermitte prêchèrent deux missions.
Pendant l'été, le père Hermitte prêcha quatre retraites à des communautés
religieuses du diocèse et quatre grandes missions furent données pendant
l'hiver 1846-1847. Mgr Guibert alla rencontrer ses confrères à Alissas. Il
écrivit à Mgr Eugène de Mazenod, le 9 novembre 1846: «Me voilà en pleine
mission. Je pleurais de joie hier en arrivant et en me retrouvant dans
l'exercice d'un ministère qui a fait si longtemps le bonheur de ma vie.»
En acceptant ce sanctuaire
Mgr de Mazenod n'avait pas caché son espoir d'attirer des vocations du
Vivarais, région encore assez chrétienne. Dès le mois de mars 1846, le père
Dassy proposa au Fondateur d'accepter quelques enfants de douze à quatorze
ans qui rendraient les cérémonies liturgiques plus solennelles et
apprendraient les premiers éléments du latin avant de continuer leurs études
à Notre-Dame de Lumières. Il y eut une dizaine d'élèves dès l'automne 1846.
On mit fin à cette expérience et à celle de
Notre-Dame de Lumières au début de 1848, à cause du succès inespéré de
la visite du père Léonard Baveux dans les séminaires de France.
Pour mener à bien ces divers ministères, le supérieur ne cessa de demander
des collaborateurs. La communauté aura bientôt six pères et trois frères,
effectifs qu'elle gardera plus ou moins au long des années.
| Cinquante années de prospérité, 1850-1900 |
Le Chapitre général de 1850, important à plusieurs titres, signe aussi le
début d'une ère de prospérité pour la maison de Notre-Dame de Bon Secours, à
la tête de laquelle est nommé un missionnaire de la première génération
d'Oblats, le père
Joseph Martin, qui occupe ce poste de 1850 à 1857 et de 1860 à 1867.
Pendant ses sept premières années à Bon Secours, le père Martin termine les
travaux du chœur de l'église et achète la maison des frères Maristes pour
accueillir les pèlerins. Les quatre mois de la belle saison deviennent une
mission permanente. Le nombre de pèlerins se situe entre cinquante et cent
mille par année. C'est devant une foule d'une vingtaine de mille personnes
que Mgr de Mazenod consacre l'église le 12 août 1855. Au cours des autres
mois, les pères prêchent missions et retraites, jusqu'à une vingtaine par
année.
Neuf autres pères sont alors, tour à tour, supérieurs de la communauté, dont
le père
Jean Fayette, de 1889 à 1891, architecte à ses heures, qui fait
d'importantes réparations. Le personnel varie entre six et dix pères et deux
ou trois frères. Les visiteurs canoniques louent habituellement le bon
esprit et le zèle des pères, mais se plaignent de «l'incontinence» du
langage et rappellent souvent les exigences de la charité fraternelle. La
nécessité de lutter contre les égoïsmes, les petites jalousies et les
travers de caractère se fait particulièrement sentir pendant les mois d'été,
saison morte pour les missions, alors que la communauté se retrouve au
complet, occupée surtout par les pèlerins les samedis et dimanches.
Pendant les quinze premières années du séjour des Oblats, mais également par
la suite, on est frappé par la fréquence des changements dans le personnel.
Seuls le père Jean-François Hermitte, décédé en 1884, et le frère
Joseph Rual, décédé en 1894, y passent leur vie. Ces changements
s'expliquent par la nécessité de former le personnel des nouvelles maisons
de France et de l'étranger. Notre-Dame de Bon Secours et quelques maisons du
Midi semblent alors servir de banc d'épreuve pour les jeunes sujets ou
encore de voie de garage pour ceux qu'on ne sait exactement où placer à
cause de leur caractère difficile, de leurs talents limités ou d'une santé
chancelante.
Les mesures prises par le gouvernement contre les religieux, en 1880,
touchent très peu les œuvres. Les trois pères ayant le titre de
propriétaires et les frères demeurent dans la maison; six ou sept pères sont
officiellement expulsés le 5 novembre 1880, mais vont simplement coucher,
pendant moins de deux années, dans quelques maisons près du sanctuaire tout
en continuant à travailler auprès de pèlerins ou dans les missions.
Les fidèles viennent toujours nombreux pendant l'été surtout les dimanches
et les fêtes de l'Assomption et de la Nativité de la Vierge. Si le père
Martin parle de cent mille pèlerins en 1863 et 1864, la moyenne semble
plutôt entre soixante et quatre-vingt mille par année. On fait sans cesse
des travaux au sanctuaire; on refait en particulier la façade et le clocher,
de 1877 à 1883, avec un bourdon et une grande statue sur le clocher. L'œuvre
des retraites pour femmes dans la maison Deschanels, ou pour hommes dans le
couvent des pères, se maintient mais sans beaucoup de succès.
Les missions et retraites passent par des périodes creuses et par d'autres
de grande prospérité, selon les événements politiques ou les talents du
personnel. Si les pères Martin et Hermitte réussissent à donner jusqu'à
vingt missions par année, ce nombre descend à quatre ou cinq entre 1870 et
1880, pour remonter ensuite à une vingtaine par année. La plupart des
missions sont données dans de petites paroisses par un ou deux pères et ne
durent habituellement que quinze jours. Dans leurs rapports aux Chapitres
généraux, les provinciaux écrivent qu'à Bon Secours on a prêché cent
cinquante missions et retraites entre 1873 et 1879, quatre-vingt-dix-sept
missions et soixante-seize retraites de 1887 à 1893, soixante-dix-sept
missions et cent dix retraites de 1893 à 1898.
Vers la fin du XIXe siècle et au début du XXe, les missionnaires parlent de
la diminution de la population et de la foi. Ils ne prêchent plus que de
brèves missions de carême; les curés ne peuvent les nourrir plus longtemps
et les fidèles n'y participent guère en dehors de ce temps.
Au cours de cette période la maison accueille entre vingt et trente-cinq
junioristes des premières années de latin de 1877 à 1882. Cette école, qu'on
appelle la maîtrise, doit fermer ses portes peu après les décrets scolaires
de Jules Ferry, en
mars 1882. À partir de 1890, une dizaine de scolastiques malades viennent y
continuer leurs études tout en soignant leur santé.
| Les grandes épreuves, 1901-1918 |
Les expulsions de 1903 et la guerre de 1914-1918 frappèrent durement la
communauté et ses œuvres.
La loi sur les associations du 2 juillet 1901 et le refus d'autorisation des
Oblats et autres congrégations, le 25 mars 1903, les condamnaient à la
dissolution légale. Les pères furent chassés manu militari, la chapelle et
le couvent fermés. En 1907, la chapelle suivit le sort des biens d'Église et
devint la propriété de la commune. Le couvent et les propriétés oblates,
évalués à 200 000 francs furent alors vendus 12 000 francs.
L'Évêque réussit à ouvrir la chapelle en 1907; il la confia aux soins de
quelques Oblats, considérés officiellement comme des prêtres séculiers. Ils
furent bientôt cinq ou six, habitant deux à deux dans diverses maisons du
village. Ils réussirent même à prêcher plus de cent missions et autant de
retraites entre 1909 et 1914; mais la guerre de 1914-1918 les dispersa de
nouveau, sauf deux pères plus âgés pour le service du sanctuaire.
| Du renouveau de 1919 au concile Vatican II |
En 1919, les activités recommençaient. Ce n'est pourtant qu'à partir de
1924-1925 que les pères et les frères reprennent la vie de communauté dans
la maison dite de Saint-Antoine, achetée et aménagée dans ce but. Il y aura
toujours entre six et dix pères et frères, même pendant la guerre 1940-1944.
Tous travaillent beaucoup de sorte que les économes font de bonnes affaires;
ils peuvent ainsi donner assez d'argent à la province et font sans cesse des
travaux soit à l'église, soit pour agrandir la place ou esplanade et réparer
le couvent, racheté en 1923-1924.
Le nombre des pèlerins ne sera jamais aussi important qu'à la fin du XIXe
siècle, mais restera d'environ cinquante mille par année. Les fêtes du 15
août et du 8 septembre voient toujours entre cinq et dix mille pèlerins. Le
8 septembre 1930, l'église est érigée en basilique mineure; cet événement
attire quarante mille personnes. Si elle prend toujours un soin particulier
du sanctuaire et de la dévotion à Marie, la communauté est aussi fidèle à sa
mission d'évangéliser les pauvres. Les quatre ou cinq prédicateurs ne
s'arrêtent pas pendant huit ou dix mois par année. De 1920 à 1925, ils
prêchent trois cents missions et retraites et une centaine par année
jusqu'au début des années 1960. Une note de Notre Midi de 1966 dit que Bon
Secours est un des seuls sanctuaires oblats de France qui a encore une
équipe de missionnaires; mais une autre note de 1968 annonce qu'on ne
s'occupe plus que du sanctuaire.
Depuis le début du siècle, les novices de la province du Midi avaient fait
leur noviciat en Italie, à Aoste et à San Giorgio. En 1926, Bon Secours
devint le siège du noviciat et le resta jusqu'en 1950. Le couvent inhabité
pendant plus de vingt ans, racheté en 1923, fut réparé et ouvert pour
accueillir entre dix et vingt novices par année. Trois cent treize
scolastiques et
quarante-huit frères y firent leur noviciat en vingt-quatre ans.
Le couvent fut alors loué par l'Évêque de Viviers comme maison familiale de
formation agricole pour les jeunes gens du Bas-Vivarais. Cette orientation
ne dura guère. Après un temps de recherche, le couvent et la maison
Saint-Antoine furent loués au département afin d'en faire une maison de
retraite pour personnes âgées. Environ soixante-quinze personnes y habitent.
La direction est civile mais un père est aumônier.
Depuis 1966, les quatre ou cinq pères qui forment la communauté occupent
quelques pièces de l'ancien couvent. Ils accueillent toujours et animent la
prière des quelques centaines de pèlerins, isolés ou par petits groupes, qui
passent chaque semaine. Les fêtes du 15 août et du 8 septembre attirent
encore, chaque fois, de deux à trois mille personnes. La pastorale des pères
dépasse cependant le cadre du pèlerinage. L'un d'eux est responsable de
plusieurs villages des environs, un autre collabore avec les curés du
secteur de Joyeuse; tous donnent occasionnellement des retraites, etc.
Ce pèlerinage est local et sans célébrité; il a commencé sans apparition ni
message, contrairement à ce qui a eu lieu à Lourdes ou à La Salette; il ne
draine que les fidèles du sud de l'Ardèche et du nord du Gard, régions peu
peuplées où la pratique religieuse a fort diminuée, malgré les efforts
constants et sérieux du clergé pour maintenir la foi. Son avenir dépend de
l'avenir de la foi et de la pratique religieuse de la région. Les Oblats y
sont attachés et dévoués; aussi longtemps qu'il sera possible, ils
essayeront de maintenir cet héritage des Mazenod, des Guibert, des Dassy,
des Martin, etc.