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Pendant la révolution française, l'église de Notre-Dame et son chapelain, malgré
de grands dangers courus, malgré les mauvais traitements et les spoliations,
furent relativement épargnés.
En qualité de chapelain, Pierre Richard tout de suite traité de "fauteur de
fanatisme", tenu pour suspect par la municipalité de Lablachère, dut subir des
visites domiciliaires multipliées, dans lesquelles les mauvais propos, les
menaces et les déchargements de fusil ont eu lieu.
Placée sur la grand' route, sa maison se trouvait exposée aux troupes de
passage, aux attaques des personnes exaltées, ignorantes ou mal intentionnées.
Ses voisins n'ignorent pas les dangers qu'il a courus et qu'il n'a évités que
par une fuite précipitée en se réfugiant dans les bois situés au sud-est du
sanctuaire, après les gras, ou dans des hameaux écartés et ignorés. S'il a été
heureux de sauver sa personne il n'en a pas été de même pour ses effets qui
disparaissaient et devenaient la proie des troupes qui pénétraient dans sa
maison.
Dans un de ces pillages, la statue miraculeuse fut mutilée (têtes coupées). On
la retrouva plus tard dans une maison pieuse et sûre.
Plus difficiles furent les alertes ou les attaques brutales des premiers mois,
la vie de repaire où le chapelain dut se cacher durant la terreur. Attaques de
soi-disant militaires, vagues soldats de garde nationale ou municipale. des
groupes l'entoure, l'arrête puis le relâche; un détachement le met en joue...
Une autre fois, de nuit, un de ses neveux vient le prendre en toute hâte et le
conduit dans l'obscurité profonde par des chemins de traverse et raboteux dans
la maison du citoyen Jaussain, de Rosières. le neveu revient surveiller la
maison de son oncle; des soldats et malandrins du pays frappent à la porte,
réclament le prêtre fugitif, insistent pour entrer; ils se retirent devant les
menaces et la résistance du gardien mais brisent à coups de pierres les vitres
de la chapelle.
Le sanctuaire fait l'objet de vandalisme et de vol de la part des
administrateurs municipaux. De nombreux objets précieux ou effets seront
emportés et "en foi de quoi il sera délivré une déclaration pour servir à qui de
droit". La chapelle fut classée en 1793 pour être vendue comme bien
national mais elle fut déclassée en 1804 et rendue au culte, faute d'acquéreur
pour en devenir le possesseur sacrilège.
Au début, le "citoyen Richard" jouissait d'une relative liberté puisqu'on
communiquait avec lui officiellement. Il dut ensuite se dissimuler et se cacher,
soit dans les bois soit dans des hameaux reculés.
Un jour, découvert par un "chercheur de prêtres", emmené à Joyeuse, on n'eut pas
le courage de le conduire plus loin. Il était citoyen-prêtre de Joyeuse et tant
il était recommandable par l'ensemble de ses vertus et de ses œuvres aux yeux
mêmes des révolutionnaires. La délivrance de M. Richard d'entre les mains de ces
forcenés passait pour un miracle de Notre Dame de Bon Secours.
Vient la terreur. Le temps où les papiers publics n'annonçaient que la prochaine
destruction des prêtres et dans lesquels on n'insérait que des termes propres à
insurger le peuple contre eux. Tactique habituelle des ennemis de la religion;
mensonges cyniques, provocations violentes et sanglantes, trop faciles et trop
efficaces; campagne de presse destinée à justifier les persécutions devant le
crédulité stupide et apeurée. Les décrets les plus formidables se suivaient les
uns les autres. Il ne s'agissait pas seulement de la réclusion des prêtres mais
de leur déportation et de la guillotine. Déjà le sang de plusieurs d'entre eux
avait coulé dans beaucoup d'endroits de la république. A Joyeuse même, le
dimanche 13 juillet 1793, le chevalier d'Entremeaux et l'abbé de la Bastide de
la Molette, arrêtés la veille en Lozère, à peine furent-ils arrivés par la
placette qu'une bande de forcenés se précipita sur eux et les massacra.
L'écho des exécutions sanglantes d'Orange parvient dans le Vivarais. On apprend
que les commissaires du représentant Magnier sont arrivés à Joyeuse, que la
guillotine doit s'y installer en permanence et que les victimes qui doivent
tomber sous la hache sont comptées. La liste funèbre portait en première ligne
le nom de l'abbé Pierre Richard. Le neveu de l'abbé Richard, lui-même, a été un
personnage considérable dans la commune de Joyeuse. Il a joué un rôle
énigmatique vis-à-vis de Pierre Richard et de son frère Mathieu, prêtre comme
lui et prieur de Notre-Dame d'Ajon. On l'a vu venir en aide à son oncle Pierre
et le garder même un mois durant chez lui. Comment le commissaire de Joyeuse
pouvait-il ignorer le sort réservé aux suspects ? Pierre Richard ne fait pas
d'illusions. Il se sait perdu; soit il se décide pour la réclusion avec les
conséquences malheureuses connues, soit il choisit quelque affreuse caverne pour
retraite. Il s'arrête à ce dernier parti et se réfugie dans les rochers de la
région. Des habitants de Drôme, connaissant bien "les bois" lui apportaient des
vivres en secret. Avant de disparaître, Pierre Richard confia à son neveu divers
objets en dépôt tels que linge, effets et papiers. Il lui remis en outre les
registres, les manuscrits et une partie du trésor de Notre-Dame. Il ne pouvait
se douter de l'acte de trahison dont il allait être victime.
La chute de Robespierre amène une accalmie politique. L'abbé veut recouvrer son
dépôt mais se voit brutalement éconduit. Sa garde-robe a été éventrée, les
objets essentiels ont disparu: papiers, linge et argenterie. Il intente un
procès mais on lui répond par des menaces, des insultes et des insinuations
calomnieuses. S'il ne se désiste pas, son neveu lui mande qu'on pourrait bien
obtenir des ordres secrets pour le faire enlever comme le citoyen Lassaumès,
prêtre comme lui.
L'abbé Richard fut placé par l'administration préfectorale sous la surveillance
de la municipalité de Rosières où depuis son vicariat, il comptait des amis
dévoués.
Pour jeter la suspicion sur le patriotisme de son oncle, l'étrange neveu lui dit
en pleine audience: "Vous attendiez Souvaroff !". On sait que ce général russe
personnifiait les ennemis de la France. Commissaire du gouvernement, le neveu
eut gain de cause auprès de la justice locale de cette époque.
Dès 1791, Le neveu et son père avaient fait une singulière démarche auprès de
l'assemblée administrative de l'Ardèche. Pierre Richard tenait d'eux, par un
bail à vie, des terrains incultes confrontant le sanctuaire de Bon Secours et y
avait construit. La pétition du père et du fils réclame la propriété des
bâtiments et des maisons ainsi que des pièces servant de sacristie et de
parloir. L'administration départementale acquiesce à la demande, à charge par
les demandeurs de construire semblables sacristies et parloir, attenant à la
chapelle, sur leur propre fonds, d'après le devis qui sera dressé par un
ingénieur du département.
Quelle était la pensée du père et du fils ? juste souci de sauvegarder des biens
voués à l'expropriation ? Pourquoi agir à l'insu de l'abbé Richard ? L'abbé
Richard supplia instamment ses supérieurs ecclésiastiques qu'après son décès,
ils veuillent bien prendre à cœur les intérêts de la chapelle et les défendre
contre les prétentions de son neveu dans le cas où il voudrait les faire valoir.
En Affirmant et réservant les droits du sanctuaire, M. Richard manifeste du même
coup ses raisons de conscience, unique mobile de sa conduite au cours de ces
démêlés. Il défendait le domaine de Notre-Dame.
Ce domaine comprenait deux sortes de biens: Un fonds initial, objet d'une
donation primitive et d'une jouissance sans conteste depuis plus de cent ans; un
autre fonds cédé à bail et à vie à M. Richard. Dans les deux cas, la situation
était différente, mais non douteuse. Si le premier fonds restait la propriété de
la chapelle, le deuxième avec ses apports devait, à la mort du preneur, revenir
aux bailleurs ou leurs héritiers. En 1817, bien avant la mort de M. Richard,
l'affaire se liquida par un acte de vente passé en l'étude de maître Tournaire,
notaire à Chandolas, entre les héritiers du neveu, alors décédé, et M. Antoine
Boisson, prêtre, l'associé puis le successeur et l'héritier de Pierre Richard.
Ainsi échappèrent à la tourmente révolutionnaire Notre-Dame de
Bon Secours et son chapelain.
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